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« La nature » : nouveau film d’Artavazd Pelechian, 27 ans après son dernier, et une exposition à la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris


Belle nouvelle : la Fondation Cartier pour l’art contemporain de Paris annonce une grande exposition consacrée au cinéaste arménien Artavazd Pelechian du 24 octobre 2020 au 7 mars 2021, avec présentation en première mondiale de La Nature, son nouveau film, fruit d’une commande passée en 2005 par la Fondation Cartier et le ZKM Filminstitut. Ce film est l’aboutissement de quinze années de travail, alors que l’exposition proposera un dialogue inédit entre La Nature (1h02 mn), son premier film depuis 27 ans, et son chef d’œuvre, Les Saisons (29 mn), ode au monde paysan réalisée en 1975. Elle permettra de mettre en lumière cet artiste majeur du septième art, encore trop méconnu du grand public, et de rendre justice à une œuvre lyrique aux accents parfois prophétiques.

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Artavazd Pelechian-Fondation Cartier-p©Raymond Depardon

Depuis près de vingt ans, la Fondation Cartier a développé une profonde complicité avec Artavazd Pelechian, dont elle a célébré l’œuvre à de multiples reprises. Ses films ont notamment été présentés à l’occasion des expositions Un Art populaire (2001), Ce qui arrive (2002), Les Habitants. Né en Arménie, Artavazd Pelechian a créé l’essentiel de son œuvre à Moscou entre 1964 et 1993. Pendant près de trente années, au cœur du système soviétique, il réalise neuf films, courts ou moyens métrages à la facture unique, presque exclusivement en noir et blanc, constitués d’images documentaires. Archives ou prises de vues réelles tournées par le cinéaste, ces images sont retravaillées (ralenties, recadrées, inversées) et montées ensemble pour aboutir à de véritables poèmes visuels qui échappent à la distinction classique entre fiction et documentaire. Prenant appui sur des thèmes universels, tels que la naissance, l’exil ou la vie animale, chacun de ses films témoigne de la croyance d’Artavazd Pelechian en un langage propre au cinéma. Son écriture, qui se passe de toute narration, associe subtilement, et en leur accordant la même importance, l’image et la bande sonore. Ainsi qu’il l’explique en 1992 à Jean-Luc Godard : « Je cherche un montage qui créerait autour de lui un champ magnétique émotionnel.  »

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Cinéma de l’émotion, sans dialogue, sans acteur et sans histoire, son œuvre emporte le spectateur par son lyrisme envoûtant et pose un regard tranchant, et néanmoins plein d’empathie, sur la condition humaine. Découvert avec saisissement en Occident au début des années 80 par le critique de cinéma Serge Daney d’abord, puis par Jean-Luc Godard, le cinéaste trouve dès lors sa place parmi les grandes figures du cinéma mondial. A propos de cette découverte, Serge Daney écrit alors : « J’ai soudain le sentiment (agréable) de me trouver face à un chaînon manquant de la véritable histoire du cinéma.  »

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Alors que l’on a longtemps cru sa filmographie achevée avec la réalisation du film La Vie en 1993, Artavazd Pelechian revient aujourd’hui avec un nouveau film, sobrement intitulé La Nature, à travers lequel il observe une nouvelle fois la précaire cohabitation des communautés humaines avec leur environnement, thème central dans son œuvre. Glanées sur internet, la plupart des images qui constituent ce film sont des témoignages fragiles tournés avec des moyens amateurs au cœur de la nature et de ses secousses, qui régulièrement bouleversent ces communautés. Éruptions volcaniques, tremblements de terre, tsunamis constituent ainsi la trame visuelle du film et sont mis en regard d’images de paysages naturels grandioses. Véritable élégie visuelle, le film dresse le constat sans appel de la supériorité de la nature, force implacable capable de surpasser toute ambition humaine. Le cinéaste semble ainsi nous rappeler que l’espèce humaine ne sortira pas victorieuse du désordre écologique qu’elle a créé.

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Pour dialoguer avec ce film-événement, la Fondation Cartier propose la redécouverte de l’un des joyaux de la filmographie d’Artavazd Pelechian : Les Saisons, datant de 1975. Il met en scène une communauté de paysans arméniens et témoigne du rapport humble qu’ils entretiennent avec l’environnement naturel au sein duquel ils vivent et travaillent. Au fil des saisons, on observe ces agriculteurs et bergers prendre soin de leurs champs et de leurs troupeaux, et faire littéralement corps avec le paysage. L’approche musicale du montage cinématographique chez Artavazd Pelechian atteint avec ce film des sommets d’intensité. Le lien symbiotique qui semble unir ces paysans à leur environnement offre un contrepoint saisissant aux visions de fin du monde du film La Nature.

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Ainsi réunies, ces deux œuvres essentielles engagent un dialogue qui résonne profondément avec les enjeux du présent. Complétée par une salle consacrée à la vie et à l’œuvre du cinéaste, enrichie d’images et de documents d’archives, l’exposition dresse un portrait unique de ce cinéaste dont la filmographie occupe une place à part dans l’histoire du cinéma.

« Je suis persuadé que le cinéma peut véhiculer certaines choses qu’aucune langue au monde ne peut traduire. Pour moi, il date de la tour de Babel, d’avant la division en différents langages », pense l’artiste arménien.

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La Nature, d’Artavazd Pelechian
Exposition du 24 octobre 2020 au 7 mars 2021
Fondation Cartier pour l’art contemporain - 261 boulevard Raspail, 75014 Paris

par Claire le dimanche 6 septembre 2020
© armenews.com 2020


 


 
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